1 Apr 2006

Haïku

Écrit; dans: Scribouillages et autres broutilles — Caruelabar @ 14:49

Les règles de base du Haïku
(Trouvées sur le site www.tempslibres.org)
Voici les règles pour faire un petit haïku, une fois bien assimilées ça doit pouvoir donner des trucs sympas.

# Dix-sept syllabes en trois lignes.(surtout le haiku en langue étrangère)

# Dix-sept syllabes en trois lignes divisées en 5-7-5. L’anglais fait parfois
3-5-3.

Moins de dix-sept syllabes en trois lignes mais en forme court-long-court.

Moins de dix-sept syllabes en trois lignes verticales mais en forme court-long-court.

Ecrire pour être lu en une seule respiration.

# Utiliser un mot de saison (kigo) ou une référence saisonnière. (un ancrage dans le monde)

# Utiliser une césure à la fin de la première ou seconde ligne, mais pas aux deux. Les trois lignes ne doivent pas être une même sentence.

Avoir deux images qui sont seulement mises en comparaison par une troisième.

Avoir deux images qui sont seulement reliées par une troisième.

Avoir deux images qui sont seulement mis en opposition par une troisième.

Classiquement, on trouve deux sortes de haiku, du temps de Bashô et de nos jours :

a) le haiku avec deux images (haiku de juxtaposition)
b) le haïku qui n’a qu’une image

# Toujours écrire au présent, ici et maintenant. On peut écrire aussi au passé ou au futur, ce qui important c’est de présenter une image vivante. On y arrive mieux en écrivant au présent.

Limiter au maximum l’usage des pronoms personnels

Utiliser les pronoms personnels en minuscules.

# Eliminer l’usage des participes présents (gérondifs). Pour les langues étrangères, il n’y a pas de participe présent en japonais.

# Limiter l’utilisation des articles. Pour les langues étrangères, il n’y a pas d’article en japonais.

# Utiliser une syntaxe simple.

# Utiliser des sentences fragmentaires.

Etudier l’ordre de présentation des images.
D’abord le grand-angle, puis le moyen, terminer par le zoom.
Réserver l’effet pour la fin.

Rendre les premières lignes attractives et éveillant l’attention.

# Seulement écrire sur des choses ordinaires de manière ordinaire dans une langue ordinaire.

# Respecter l’attitude du bouddhiste, observer les choses bien avant de les critiquer, laisser le haïku exprimer des images sans besoin de commentaire.

Laisser un écho philosphique en arrière-plan du haïku.

# Utiliser généralement des images concrètes. C’est l’idée de Shiki. Mais Bashô et d’autres haikistes adoptent des expressions abstraites.

# Inventer des expressions lyriques décrivant l’image.

Utiliser le paradoxe.

Utiliser des jeux de mots.

# Décrire l’impossible de manière ordinaire.

# Ecrire des images transcendantes (ni guerre, ni sexe offensant, ni crime).

# Intégrer son image dans le monde réel.

# Eviter toute référence à soi-même.

# Se référer à soi-même de manière externe.

# Eviter la ponctuation pour créer l’ambiguïté

Utiliser des ponctuations normales
: Arrêt
; pause
… quelque chose n’est pas dit
, légère pause
— la même chose en d’autres mots
. Arrêt

Mettre en majuscule le premier mot de chaque ligne.

Mettre en majuscule le premier mot.

Utiliser la majuscule anglaise.

Tous les mots en majuscules

# Tous les mots en minuscules.

# Eviter les rimes.

Rimer la première et dernière ligne.

Utiliser des rimes internes.

Utiliser l’allitération.

# Utiliser des sons reliés à l’image.

Toujours terminer par un nom.

# Ecrire seulement le haïku pour exprimer une épiphanie (aha moment).

# Utiliser chaque inspiration comme point de départ.

# Eviter trop de verbes, supprimer si possible.

# Eviter les prépositions (dans, sur , entre,parmi), spécialement dans le début de la phrase.

# Eliminer les adverbes.

# Ne pas utiliser plus d’un qualificatif par nom. L’usage doit être limité au seul sens du haïku.

# Le haiku doit être considéré comme une poésie et non une carte de voeux en vers.

# Ecrire tous les haïku conçus, même les mauvais, qui peuvent en inspirer de meilleurs.

SLAM

Écrit; dans: Scribouillages et autres broutilles — Caruelabar @ 12:14

Fédération française de slam explique l’histoire, les règles, les lieux du Slam.
Grand corps malade est un artiste qui fait des textes rudes et beaux, les pieds ancrés dans notre époque, dans notre société.

Le slam c’est faire vibrer
Si tu sais parler tu sais slamer
Et à faire c’est moins compliqué
Que le haïku des japonais.

4 Jan 2006

De l’utilité d’avoir des enfants chez soi.

Écrit; dans: Scribouillages et autres broutilles — Caruelabar @ 20:58

Aujourd’hui nous nous proposons de débattre des avantages, limites et intérêts d’avoir un ou plusieurs enfants chez soi.
Nul ne l’ignore, l’enfant est ce qui se fait de plus perfectionné en terme d’animal de compagnie. Il surpasse le chien par ses capacités de motricité fine, ses possibilites intellectuelles sans pareilles lui permettant même de ramener des objets usuels (journal, pantoufles, télécommande, pain, croissants chauds) tout en accomplissant des tâches domestiques plus ou moins complexes (repasser, faire la vaiselle, changer une roue, passer la tondeuse, faire une vidange). Par ailleurs, son stock langagier pouvant, pour les mieux éduqués, contenir jusqu’à 5000 ou 6 000 mots, l’enfant peut sans peine comprendre avec finesse des consignes précises telles que “tu prends un litre de 14 degrés rouge à l’épicerie, y a deux euros dans le porte-monnaie et tu te dépêches, je suis déshydraté”, vous en autorisant donc toutes les utilisations possibles en fonction de vos goûts, passions et autres hobbies.
L’enfant est très adaptable aux différents climats et se plaira donc parfaitement chez vous où que vous habitiez. Un packaging de base est fourni, culotte, chaussettes, tricot de peau petit bateau, mais nécessite d’être complété en fonction des saisons et de la croissance de l’enfant. Faire des économies sur ces achats ô combien nécessaire n’est pas conseillé car alors l’enfant peut développer des fièvres et autre pathologies respiratoires désagréables à regarder et qui nécessitent alors des soins adaptés pour que l’enfant puisse retrouver toutes ses fonctionnalités, ce qui est fort domageable quand on a prévu un repas entre amis et que l’enfant allité n’est plus en mesure d’assurer la préparation et le service des mets.
Pour les personnes se demandant s’il est possible d’avoir un enfant chez eux tout en ayant une activité professionnelle, nous tenons à préciser qu’il existe une garderie d’état très pratique pour laisser votre enfant durant vos horaires de bureau. Cet endroit est gratuit et accueille les enfants en groupe à partir de trois ans. Leur éducation et leur socialisation sont ainsi confiées à des personnes recrutées sur concours et dûment diplomées. Leur patience et leur ténacité n’a d’égal que la qualité des enseignements qu’ils prodiguent aux enfants (cours de cuisine appliquée, de mécanique, de soins esthétiques, agrandissement du vocabulaire, approche des mathématiques appliquées aux courses dans les supermarchés discount). Ils permettent ainsi que l’enfant puisse d’un seul coup d’oeil vérifier la monnaie rendue par la boulangère et sache préparer quatre repas pour quatre pour moins de dix euros. Leur aide est donc précisieuse et nous vous déconseillons de vous charger seul de l’éducation de l’enfant. De plus, si l’enfant s’avère décevant, désobéissant ou débile, vous aurez toujours quelqu’un à qui le reprocher devant vos amis.
A l’instar de son comparse canin, l’enfant est joueur, calin, affectueux et se révèle particulièrement attaché à ses possesseurs à l’inverse des félidés trop indépendants pour être correctement domestiqués. Nous ne vous recommandons pas cependant de vous laisser trop attendrir et de le gâter car l’enfant peut alors devenir capricieux et aller jusqu’à exiger le dernière playstation à Noël au lieu de se contenter de manger les restes du réveillon.
L’âge idéal pour fair l’acquisition d’un enfant reste cinq ou six ans puisque à cet âge la propreté et la marche sont acquises et la communication commence à devenir possible et fluide. Plus âgé, l’enfant peut avoir des difficultés d’attachement à vous et peut alors développer des conduites socialement inadaptées de refus de vos ordres et vous donner la détestable place du père fouettard. Nous vous conseillons également de vous séparer de l’enfant à l’orée d’un bois et de ses treize, quatortze ans, période où les hormones pubertaires deviennent actives plus que de raison et où l’enfant même très bien éduqué devient un parfait cancrelat pour vous et la société, préférant regarder la star academy au lieu de débarrasser la table ou rire bêtement avec ses congénères du même âge hormonal au lieu de vous faire un massage du dos et des pieds. A cet période, l’enfant redevient alors inutile pour entretenir convenablement votre chez soi. Ne coupez néanmoins pas tout lien avec lui (une carte postale pour la bonne année et un appel pour lui rappeller qu’il doit vous souhaiter la fête des mères et celle des pères sont bien suffisants) car en grandissant il peut devenir à son tour parent et vous confier sa progéniture qui peut s’avérer alors fort utile pour vous faire manger votre bouillie multivitaminée et vous tendre toutes les deux heures le bassin en cas d’allitement consécutif à une fracture du fémur si courante à l’orée de la vieillesse.
En résumé, l’enfant si on sait bien s’en occuper peut vite devenir un compagnon indispensable dans la vie de chacun. N’en prenez pas trop tout de même, l’enfant en meute peut vite s’avérer ingérable et violent comme en témoignent les attroupements incohérents et braillards visibles dans les cours de récréation à l’heure du gouter.
Nous vous félicitons de votre décisons d’acquérir un enfant et vous déconseillons de recontacter nos services en cas de vice caché ou de défaut masqué car nous n’assurons pas de service après-vente et sachez que les enfants livrés ne sont ni repris ni échangés.
Voilà, bon courage et à vous de vous démerder…

Enfant

29 Sep 2005

Les quatre saisons de l’Ogre

Écrit; dans: Scribouillages et autres broutilles — Caruelabar @ 21:04

A l’automne, l’Ogre instituteur conduisait ses élèves en forêt. Et bien que les programmes prévoyaient de les y égarer, chaque année, à l’appel, aucun ne manquait.
C’est que l’Ogre était bien chagriné, lui que l’on dit méchant de nature, il ne pouvait s’empêcher quand un lutin écolier quittait le sentier de le lui faire remarquer, tant et si bien qu’aucun jamais ne se perdait.
“Ah c’est pas du gratin que de faire ce métier quand on est trop humain!” se lamentait souvent l’Ogre en prenant sa tête entre ses mains.
Et chaque année, pour lui, le supplice recommençait. Forêt, sentiers, lutins et bolets. Car au lieu de les semer, l’Ogre à ses élèves faisait ramasser cèpes, oronges et mousserons des prés. Dès que l’un d’eux doucement s’approchait d’un champignon meurtrier, l’Ogre ne pouvait réprimer un “Attention, danger!” et l’élève se détournait du chapeau empoisonné.
“Ce n’est pas possible, ce n’est pas vrai! Mais Bon Dieu, vous êtes une vraie calamité” tempêtait alors le Directeur de la scolarité, excédé qu’il était par les bontés de l’Ogre gêné.
Et en effet, depuis qu’il enseignait, pas un lutin égaré, pas une famille empoisonnée, pas un écolier puni et dévoré.
“Vous n’êtes qu’un faible affadi par votre pitié! J’en ai par dessus la tête de vos excentricités! Croyez moi ça va barder!”
Cette anné là, ce fut le cèpe de trop qui fit déborder le panier.
Le Directeur alla rencontrer le Recteur de l’Académie qui en parla au Ministre qui le dit au Président qui le répéta à sa femme qui s’écriat:”Nom d’un pissenlit, cette affaire fait grand bruit, mon coiffeur me l’a déjà dit!”.
En grand secret, il fut décidé que cette honte nationale ne pouvait plus durer et que l’Ogre devait être incarcéré. Ainsi fut fait.
Et l’Instituteur destitué se retrouva engeôlé. Très loin d’être enjoué, l’Ogre se mit à pleurer et ses élèves attristés ne purent que se faire durant des lunes la courte échelle pour tour à tour le voir par la fenêtre de sa cellule jour après jour sombrer.
Affligés, il leur vint alors une idée.

Les vacances étaient terminées et l’hiver approchait.
Le vent glacé poussait les dernières feuilles tombées et le givre aux fenêtres s’accrochait. L’eau des puits commençait à geler et l’eau des mares emprisonnaient doucement ses petits habitants. La nature s’apprétait à hiberner sous sa couette verglacée quand de l’école retentit soudain un grand bruit.
Boum, bam, boum, badam, badaboum!
L’Ogre remplaçant sortit de la classe en courant, le postérieur poursuivit par une trainée de feu et de scories. Le visage cramoisi et le cheveu frit, il entra dans le bureau du Directeur qui buvait des liqueurs avec le Recteur.
“C’en est trop, je démissionne.”glapit-il à la volée”Ces mécréants ont manqué de me faire rôtir aujourd’hui et hier ces sagouins ont tenté de me faire boire le contenu de leurs encriers! C’est trop, c’en est assez, je vous rend mes clefs et mes craies!”
“C’est le remplaçant du remplaçant du remplaçant qui remplaçait l’Ogre congédié!” sanglota le Directeur sur l’épaule du Recteur qui le répéta au Ministre qui le raconta au Président qui le confia à sa femme qui s’exclama:”Nom d’un radis, mon coiffeur me l’avait prédit, congédier un Ogre trop gentil c’est dangereux car ça rend les enfants trop méchants! Il faut le réhabiliter sinon c’est la Démocratie qui va trinquer!” Ainsi fut fait.
Et l’Ogre dès qu’il fut dégeôlé repartit enseigner.

Le printemps s’avançait et l’air se faisait moins frais. Les poulies en haut des puits chantaient et les carpes des bassins se multipliaient. Les bourgeons des arbres explosaient sur le passage des écoliers et la nature tout alentours verdissait.
L’ogre ému comtemplait les lutins et leurs progrès. Ils avaient tant grandi, ils avaient tant changé. Et c’est à eux qu’il devait sa liberté retrouvée.
“Vous êtes de bons petits même s’il ne faut rien en dire à l’Académie! Allez au bouleau et que ça saute” sourit-il en essuyant une larme.

Les grandes vacances approchaient et le soleil se faisait moins discret. Les abeilles fréquentaient avec assiduité les bosquets parfumés. Aux branches des arbres, les fruits mûrissaient et au sol, les lacs s’asséchaient.
Les écoliers construisirent ainsi un abri pour recueillir pendant l’été les habitants des marais.
Le Directeur se courrouçait de la bonne humeur des bambins et de la pitoyable candeur que l’Instituteur mettait à les aider. Il s’en plaignit au Recteur qui le dit au Ministre qui le redit au Président qui le reredit à sa femme qui gémit:” Comme mon coiffeur dit, répéter c’est pas bien joli, alors laissez moi je vous prie aller me faire faire ma mise en plis.” Il fut fait ainsi.
Et après la rentrée, l’ogre ne fut plus ennuyé. Tant et si bien que plus jamais il ne craint durant l’automne d’aller en forêt ramasser avec ses élèves bogues et bolets.
Ainsi fut fait.

25 Aug 2005

Le Rouge et le Blanc

Nous allons aujourd’hui aborder un épisode peu connu de l’histoire de nos réfrigorateurs: la guerre des fromages à pâte pressée.
Comme tout le monde le sait il est nécessaire à la fabrication du délicieux fromage à tête de vache qui glousse de mettre sa pâte dans un moule adapté car sinon elle filerait. La pâte filerait car c’est comme pour le porc qui salue c’est écrit dessus, la pâte filerait donc car elle est pressée. Il en est de même pour son concurrent mais néanmoins ami de la même catégorie le Bas-Bi-Bel, fromage aux moeurs somme toute très dissolue puisque comme son nom l’indique crûment il est bi et plait donc aux garçons comme aux filles mais à qui on pardonne tout car il est beau d’où son surnom de “Bel”. Le Bas siginifie tout bêtement que c’est une demi portion mais c’est aussi, vous en conviendrez sûrement, ce qui fait son charme puisqu’on peut l’emporter partout avec soi.
Tout à lait pour le mieuh dans le meilleurs des mondes entre ces deux produits laitiers là jusqu’à ce jour terrible de 1923 où Ginette Lépine se trancha irrémédiablement le doigt avec le couteau qui était destiné à sortir de sa coque rouge son fromage favori. Et là, Ginette en sang dans la cuisine ému tant son mari, le alors jeune et fringant Félix Lépine, qu’il lui promit, tout en tentant vainement de garroter l’hémorragie, que sa disparition ne serait pas inutile et qu’il ferait tout son possible pour créer un bidule qui mettrait à l’abri de ce genre de fin tragique les générations futures. Ainsi fut fait et à peine le cercueil enseveli, Félix, fou de douleur, s’enferma dans sa cuisine encore rouge du sang de Ginette et se mit au travail.
Des années s’écoulèrent avant que les services vétérinaires ne soient créés et puissent être enfin contactés par les voisins qui, alertés par les odeurs nauséabondes émanant des tonnes de fromage sacrifiées pour les besoins de la science qui formaient des monticules rougeoyants plus imposants chaque jour devant les fenêtres de la maison de Félix, ne pouvaient que s’émouvoir de la détresse de ce reclus volontaire et de la perte progressive de leur odorat.
Quand les pompiers, après des jours de déblaiement des gravas fromagés, parvinrent à pénétrer dans la demeure et ils retrouvèrent un vieillard hirsute, hagard et malodorant dans la cuisine et eurent grand peine à identifier le Félix Lépine perdu de vue depuis 1923. Il faut dire que depuis le temps, nous étions alors en 1968, le climat ne se prétait pas vraiment à la franche rigolade puisque depuis mai, les étudiants manifestaient bruyament leur colère alimentaire: “Faites l’amour, pas le gruyère!” et autres “Sous les pavés d’affinois, la plage”. Ainsi dans ce climat de révolution de palais,le bien mal nommé Félix fut conduit sans ménagement à l’hospice le plus proche où on lui intima l’oredre de bien vouloir se laisser laver sur le champ s’il voulait avoir une compote de plus au souper. Ayant perdu l’usage de la parole durant ces années de recherches silencieuses et ne reconnaissant plus ce monde d’hommes sans cravates et de femmes sans gants, il se laissait peu à peu glisser vers l’abime quand le doux visage de Ginette lui apparu un matin après la toilette. Dans un regain de vie, il consigna le précieux fruit de ses recherches sur un calepin qu’il fit envoyer au bureau des inventions et des brevets. Puis, apaisé, il se prépara chaque jour un peu plus à retrouver sa douce Ginette au paradis des produits à ouverture facile.
Car oui, Félix venait d’inventer La Languette, celle qui permet à toutes les Ginette d’ouvrir le basbibel sans risquer de se blesser.
Le succès fut immédiat et bientôt le monde entier ne parla plus que de cela.
Les ventes du fromage à tête de vache chutèrent tant et tant qu’il fallut embaucher des ingénieurs polytechniciens de renom pour fabriquer un emballage capable de rivaliser avec celui du compagnon de plateau à fromage d’hier devenu l’ennemi bolchévique d’aujourd’hui. Des campagnes de désinformations succédèrent à des rumeurs mais le basbibel demeurait inébranlable dans sa coque vermillon. “Né pour être mangé sans se blesser” vantait la publicité.
Péniblement et sans grande motivation, deux ingénieurs bricolèrent néanmoins une pseudo languette rouge, en référence à la couleur fétiche de l’ennemi juré, languette dont la mollesse et la faible résistance à la torsion ne parvint jamais à égaler celle que l’amour meurtri avait inspiré à Félix durant ces longues décennies.
Ironie de l’histoire, on n’accorda jamais à ce brillant homme le prix Nobel de la paix mais on décora à titre posthume pompeusement de son nom un prix qui couronne chaque année les bidules de bidouilleurs éclairés et de bricoleurs invétérés.
Et c’est pour ça que depuis des années, malgré ma passion des vaches et de la rigolade, je ne mange que des basbibel parce que je suis trop feignante pour m’entrainer à ouvrir correctement la portion de ma vache préférée que des encore plus feignants que moi ingénieurs soit disant qualifiés ont pourvu d’une putain de languette de merde qui déchire juste l’emballage sur la longueur mais ne l’ouvre pas!!!
Conclusion: si les ingénieurs avaient à la place de la technicité du coeur, ce serait le bonheur.

5 Jun 2005

L’histoire du lapin en sauce.

Écrit; dans: Scribouillages et autres broutilles — Caruelabar @ 12:15


C’est Marcel qui apporta en guise de dessert, sur un plateau, déposée sur un délicat coussin de laitue et encore recouverte de sa fourrure, la tête de l’animal.
André était passé en coup de vent, quatre heures plus tôt, amener le corps déjà débarrassé de ses oripeaux en braillant à toute volée.
“Et Papa, regarde un peu voir c’que j’t'amène! Tu peux nous le mitonner pour onze heures? Il est encore presque près de bondir alors fait z’y gaffe!”
Et avant même que Papa ait pu dire deux mots, André avait repris ses fonctions, tueur aux abattoirs, laissant le lapin gisant sur le comptoir.
Papa tenait un bar restaurant PMU avec sa femme que tous les tueurs appelaient Maman ce qui ne lui plaisait guère car ses parents l’avait prénommée Jacqueline.
Elle eut un haut le coeur quand, revenant de faire le marché, elle se trouva face au cou étêté de la bête, rougissante de honte d’être ainsi exhibée. Vociférante et gesticulante, elle maudit au passage tout Vichy, même Yvette la boulangère qui était pourtant son amie et fit claquer toutes les portes de son mécontentement pour finir par aller se cloîtrer dans leur chambre à coucher au premier.
“C’est rien ma petite bichette, ne t’inquiète pas, c’est André qui m’a porté son déjeuner” se défendit mollement Louis, affairé qu’il était à débiter en tronçons ail, carottes et oignons.
Le bouillon de légumes de la veille réduisait à petits feux quand il y rajouta le thym et les feuilles de laurier pour le parfumer d’avantage.
Un beau morceau de beurre servit à faire dorer sur toutes ses faces la carcasse de l’ami Jeannot que rejoignirent bien vite au coeur de la marmite condiments et légumes.
De toutes parts montaients vapeurs et fumets, affolant les sens et les instincts alentours. Il était à peine l’heure où les amateurs matinaux de petit noirs bien serrés quittaient à regret le café pour aller travailler.
Poivre et sel en cascade nimbaient d’étoiles et de scories les cuisses luisantes et rôties.
C’est la pamoison d’un femme amoureuse qui se donnait à voir et à entendre dans les bruits sourds du manche en bois frôlant sans relâche la fonte, dans les explosions de la chair frémissante dans le beurre brûlant, dans l’amollissement des mamelons de câpres cédant sous le poids des carottes et des navets.
Les habitués toujours accrochés au bar se témoussaeint d’aise devant les mouvements souples et réguliers que décrivaient sans relâche les bras et le bassin du cuisinier.
Il sourit de lui, il n’était pas peu fier quand il aspergeat à louchées entières le râble et les pattes arrières.
C’est à cet instant précis que Jacqueline fit irruption dans la cuisine.
Elle n’avait pas encore décoléré. Louis rougit de s’être fait surprendre en pareille posture et, penaud, garda les yeux baissés sur les volutes graisseuses que dessinait l’ébullition dans le bouillon.
Jacqueline agita un temps sa blondeur hystérisée entre les hachoirs et l’évier puis finit par se raviser et partit au pas de charge chez l’épicier. Il ne comprenait rien à ces humeurs qui font jaillir des femmes ces geysers de reproches acides et les conduisent à mener de sempiternelles vendettas à la rescousse de leur honneur bafoué. Il ne voulait rien en savoir car s’aurait été cherché à percer le mystère de l’amour que de tenter d’ôter sans vergogne ces fragiles épines dont s’affublent les femmes comme la sienne. Mieux valait la laisser fuir pour qu’elle puisse garder la face, mieux valait qu’elle garde la face pour qu’elle puisse de nouveau le laisser jouir.
L’heure du déjeuner s’avançait prudement quand les premiers convives s’invitèrent au buffet. Levés depuis les aurores, croulant sous le poids des bêtes à éventrer et des années d’alcoolisme désormais bien lourdes à porter, burinés par le temps qui fait devenir vieux les apprentis fougeux, ces mastards de solitude et de tendresse blessée s’attablèrent en silence, sans cesser de rouler des yeux pour réclamer leur pitance. Louis accueillit chacun d’un regard amical tandis qu’il dressait le couvert dans la grande salle.
Il y avait là Paulot une grande cigogne aux épaules basses dont les rires guturaux effrayaient les enfants qu’il croisait parfois sur le chemin qui va des cratères dans le jambon purée aux tâches d’encre sur un tablier d’écolier. Celui dont les longs doigts secs tambourinaient inlassablement sur l’assiette vide se prénommait Georges. Un jour de 39-45, une bombe larguée sur son immeuble l’avait cloué là à tout jamais en faisant voler en éclats la belle arrogance de son adolescence bien vite remplacée par la peur et de vivre et de mourir qui oblige à cheminer avec pour seule compagne la vacuité de la routine. A sa droite, on avait assis un invité. Monsieur Duchemin était comptable aux abattoirs. C’était un jeune homme gris, étriqué dans le costume de son père, un notaire décédé en 40 d’une indigestion. Au cours du repas, Marcel lui reservit trois fois du ragout tant le garçon s’en délecta. Papa s’étonna de la présence de ce convive inoppiné dont l’inexpérience et le mépris faisaient si souvent pester les tueurs
André arriva à table en même temps que le lapin en sauce.

A suivre…

6 May 2005

Chansonnette

Écrit; dans: Scribouillages et autres broutilles — Caruelabar @ 21:14

Madame rêve
Monsieur boit
Madame crève
Monsieur croit
Que de la vodka
Montent des rêves
De beaux rêves
Dont on ne se réveille pas
Madame croit
Que Monsieur rêve
Mais Monsieur boit
Et Madame crève.

Pendant ce temps-là
Natacha
Se dit qu’être grand ça l’fait pas.

(De par moi même)