Graine de crapule, conseils aux éducateurs qui voudraient la cultiver…

juin 30th, 2006

Si tu fréquentes les petits d’homme en école, en patronage, en colonie de vacances, tu connais la graine de crapule, comme le cultivateur connait le chardon, l’ivraie, le coquelicot ou la nielle, en les maudissant.
Suppose maintenant que, curieux cultivateur, tu aies semé un champ d’ivraie, de chardon de nielle et de coquelicot. Tu sentiras les mêmes angoisses à les voir sortir de terre que tu n’en éprouvais à voir germer le blé.
Mais ne te hâte pas de balayer tes greniers, ne prépare pas encore tes cordes à moisson. La récolte, si récolte il y a, sera pour tout à l’heure, pour plus tard ou pour jamais.
Avec cette différence que la crapule c’est tout de même de la graine d’homme.

Une nation qui tolère des quartiers de taudis, les égouts à ciel ouvert, les classes surpeuplées, et qui ose châtier les jeunes délinquants, me fait penser à cette vieille ivrognesse qui vomissait sur ses gosses à longueur de semaine et gifflait le plus petit, par hasard, un dimanche, parce qu’il avait bavé sur son tablier

Si tu joues au policier, ils joueront aux bandits. Si tu joues au bon Dieu, ils joueront aux diables. Si tu joues au geôlier, ils joueront aux prisonniers. Si tu es toi-même, ils seront bien embêtés. »

Celui-là que tu traites d’indifférent et d’endormi, as-tu vu avec quelle adresse et quelle vivacité il est capable de chiper un gâteau dans une pâtisserie pleine de clients?
Il vit. Rien n’est perdu

N’oublie jamais de regarder si celui qui refuse de marcher n’as pas un clou dans sa chaussure

Avant de t’indigner, rappelle-toi de quoi tu étais capable à leur âge.

Ne te charge pas de leur apprendre à vivre si tu n’aimes pas la vie.

T’interdire de punir t’obligera à les occuper.

C’est un métier d’enfant, c’est un métier d’apôtre, un métier d’ajusteur ou mieux de repasseuse.
Et les plis sont tenaces au corps et à l’esprit des enfants sur lesquels a pesé, de toute sa masse inerte, une société d’adultes bien indifférents »

Si tu es pour si peu dégouté du métier, ne t’embarque pas sur notre bateau car notre carburant est l’échec quotidien, nos voiles se gonflent de ricanements et nous travaillons fort à ramener au port de tous petits harengs alors que nous partions pêcher la baleine. »

Fernand Deligny, 1945.


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